Cette fois ça y est, j'ai les deux pieds dedans. Pour la police, je suis un bandit, pour la rue, je suis un vaillant, pour la France, je ne suis plus rien. Le héros de guerre a laissé sa place au prisonnier, au nom de la sûreté de la République. Pourtant, je n'ai encore tué personne, sauf « pour » le compte de la France. Mais j'ai été arrêté deux fois ces derniers mois. Depuis mon mariage, en Novembre, ma femme, mon amour, Maria Mesrine comme l'état civil l'a rebaptisée, est toujours à mes côtés. Heureusement, car ma vie actuelle n'est pas de tout repos. J'ai d'abord été condamné pour port d'arme, une broutille. Puis, les poulets m'ont coffrés avec trois collègues, lors de la préparation d'un casse, il y a deux mois. C'est aujourd'hui que je suis atterri ici. Centre pénitencier fermé d'Evreux. Je suis tombé ici en tant que cambrioleur, mais, pour mes camarades, je suis déjà un voyou. Je m'entends bien avec mes collègues de cellules, mais en ce qui concerne l'administration pénitentiaire, ce n'est pas le même cas. Je ne leur porte aucune affection mais, je me force de tenir un langage doux et d'entretenir des relations courtoises, pour faciliter les opportunités d'évasions, que je saisirais bien sûr au galop. A peine arriver, je pense déjà à partir, et il me reste plusieurs années à croupir ici. Ma femme m'a promis de me rendre des visites fréquentes, mais je m'attends à la voir seulement de temps à autre. Elle attend une petite fille. On l'appellera Sabrina et, je sais déjà, qu'elle sera belle, comme sa mère. J'espère être sorti d'ici là, pour voir l'arrivée dans ce Monde si noir, de ma petite fille, mon premier enfant. J'ai tout vécu tôt, la délinquance, le mariage, la guerre, l'amour, mais, j'aurais attendu le jour de mes 26 ans pour inviter la paternité dans ma vie. Ici, les plus forts veulent s'évader, et les plus faibles ont des envies de suicide. Cette idée ne m'a jamais traversé la tête, avoir choisi le banditisme comme mode de vie est un suicide en soi. J'aurais bientôt une fille, une nouvelle vie à assumer, je suis impatient de sortir, par la grande porte ou par le mur d'enceinte, pour retrouver ma famille, mes amis, et mes rues. Tout me manque ici.