Le 11 Septembre 1961, à Paris

Le 11 Septembre 1961, à Paris
Je suis né à la veille de la Grande Guerre et quelques jours après Noël, le jour de la fête des Saints Innocents. J'étais innocent alors, comme tout les nourrissons, mais j'ai toujours aimer la ville, depuis mon enfance, les quartiers de Paris, près de chez moi, à Clichy. La nuit a son charme, et son vice, comme toutes les belles femmes. Mes parents avaient de l'argent mais le cash n'apporte pas l'amour auquel un enfant aspire. Ils travaillaient toute la journée, et ne s'occupait pas beaucoup de moi le soir. Ils vendaient tout le tissu de Clichy, les rois du tissu. Ce métier m'amusait beaucoup, je me moquais. Les parents des autres petits enfants, mes camarades à l'école des frères oratoriens, exerçaient des métiers davantage scientifique. Mes parents étaient commerciaux, mais leur salaire était conséquent, donc je ne me plaignais pas. Je n'ai jamais été un bon élève, j'avais un poil dans la main, même un arbre de poils. Mais mes professeurs m'appréciaient pourtant, en tout cas au début de ma scolarité. Ils disaient à mes parents que je n'exploitais pas assez mes capacités, apparemment, je n'en étais pas dépourvu. Ils me voyaient bien grand commercial, beau parleur dans l'âme, les mains bavardes et les cheveux gominés. C'est pour cela que, lorsque le lycée de Clichy m'a mis à la porte, mes parents m'ont mis dans leur secteur : je suis devenu VRP de luxe, représentant de tissu, ou plutôt représentant en carton. Cela n'à durer que quelques temps. Maintenant, je ne suis qu'un soldat, je reviens d'une guerre atroce. Personne ne peut s'imaginer les images qu'ont gardent, nous autres soldats de la nation ou petit jouet de la violence diplomatique, comme des cicatrices sur le visage. Regardez au fond de mon regard, vous verrez ces hommes que j'ai abattus, et tout ce que j'ai vu. Je n'ai jamais maltraité personne, j'ai fais ce que mon instinct et mon uniforme me dictait. Depuis que je suis revenu en France, j'ai pris une décision : je ne me ferais plus jamais dicter mes actes. Je n'aurais plus aucun uniforme sinon celui du courage. J'ai cru, naïvement, qu'a mon retour la France serait reconnaissante, mais, ça n'a pas été le cas, je suis revenu en France comme n'importe quel citoyen qui revient de voyage, pour eux la guerre est peut être une vacance, eux qui se prélassent dans leur luxe acquis dès leur premier jour. Même ma femme ne m'était pas reconnaissante d'avoir « défendu » mon pays. Dès mon retour, nous avons divorcé. Je m'étais marié avec elle quelque mois avant de partir en Algérie, j'avais 19 ans et j'étais encore un peu coureur. Puis, mon destin de guérir m'a appeler vers d'autres horizons, la distance n'a pas arrangé nos différents et dès mon retour, j'étais seul. Ce n'est pas plus mal, je crois pouvoir dire, sans prétention aucune, que j'attire les femmes. Sûrement car je les aime. Je les aiment et elles m'écoeurent. Un seul homme a montré sa reconnaissance, au nom de la patrie, c'est le général De Gaulle. Alger l'avait acclamé, il m'avait calmé, avec la Croix de la Valeur Militaire. Ce n'était que symbolique, en effet, quand je suis rentré, je n'avais pas d'argent. Mes parents avaient de l'argent, je le répète, mais je ne me suis jamais gavé, j'aime l'argent mais j'aime surtout lui courir après, le séduire, comme on attire une femme. L'argent est la demoiselle la plus infidèle et la plus volatile que je ne connaisse, et c'est ce qui m'attire chez elle. Tout le monde la désire, tout le monde peut l'avoir, alors pourquoi pas moi ? Pour cela, il faut élaborer des stratagèmes, il faut tenir face à ses adversaires, et vaincre grâce à sa volonté et à ses qualités, son talent, on ne doit rien devoir à personne. Comment gagner de l'argent ? J'ai 23 ans et je reviens d'Algérie, j'ai tué et j'ai vu des amis être achevés, je suis divorcé... J'ai déjà vu plusieurs vies, et j'ai rencontré des personnes, que dire, des personnages, qui connaissent certains raccourcis vers la vie de luxe, et surtout, la conquête de l'argent, ce pouvoir si jubilatoire. Pour gagner ma vie, je fréquente les cercles de jeux de Paris. Je retourne à Clichy faire quelques casses et voir d'anciens amis pour profiter de leurs raccourcis. Et puis, j'ai des amis, des amis chers, qui m'apprennent l'art du braquage, j'espère être au point un jour, j'aime cette vie. Je me fais parfois plusieurs millions lors d'un casse, et je vis quelques semaines dessus. Je me suis acheté ma première BMW et j'ai rencontré une belle nymphe, Maria. J'ai laissé pousser la moustache, comme ça, je passe incognito. Je la rase après chaque braquage, et, lorsqu'elle repousse jusqu'à un certain point (toujours le même), je retourne au charbon. La vie est belle, et je me prépare à un heureux évènement. Mes blessures de guerre ont donc cicatrisés, pour l'instant.
# Posté le samedi 26 novembre 2005 04:05
Modifié le mercredi 28 juin 2006 13:04

Le 22 Mars 1962, à Evreux

Le 22 Mars 1962, à Evreux
Cette fois ça y est, j'ai les deux pieds dedans. Pour la police, je suis un bandit, pour la rue, je suis un vaillant, pour la France, je ne suis plus rien. Le héros de guerre a laissé sa place au prisonnier, au nom de la sûreté de la République. Pourtant, je n'ai encore tué personne, sauf « pour » le compte de la France. Mais j'ai été arrêté deux fois ces derniers mois. Depuis mon mariage, en Novembre, ma femme, mon amour, Maria Mesrine comme l'état civil l'a rebaptisée, est toujours à mes côtés. Heureusement, car ma vie actuelle n'est pas de tout repos. J'ai d'abord été condamné pour port d'arme, une broutille. Puis, les poulets m'ont coffrés avec trois collègues, lors de la préparation d'un casse, il y a deux mois. C'est aujourd'hui que je suis atterri ici. Centre pénitencier fermé d'Evreux. Je suis tombé ici en tant que cambrioleur, mais, pour mes camarades, je suis déjà un voyou. Je m'entends bien avec mes collègues de cellules, mais en ce qui concerne l'administration pénitentiaire, ce n'est pas le même cas. Je ne leur porte aucune affection mais, je me force de tenir un langage doux et d'entretenir des relations courtoises, pour faciliter les opportunités d'évasions, que je saisirais bien sûr au galop. A peine arriver, je pense déjà à partir, et il me reste plusieurs années à croupir ici. Ma femme m'a promis de me rendre des visites fréquentes, mais je m'attends à la voir seulement de temps à autre. Elle attend une petite fille. On l'appellera Sabrina et, je sais déjà, qu'elle sera belle, comme sa mère. J'espère être sorti d'ici là, pour voir l'arrivée dans ce Monde si noir, de ma petite fille, mon premier enfant. J'ai tout vécu tôt, la délinquance, le mariage, la guerre, l'amour, mais, j'aurais attendu le jour de mes 26 ans pour inviter la paternité dans ma vie. Ici, les plus forts veulent s'évader, et les plus faibles ont des envies de suicide. Cette idée ne m'a jamais traversé la tête, avoir choisi le banditisme comme mode de vie est un suicide en soi. J'aurais bientôt une fille, une nouvelle vie à assumer, je suis impatient de sortir, par la grande porte ou par le mur d'enceinte, pour retrouver ma famille, mes amis, et mes rues. Tout me manque ici.
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# Posté le mercredi 28 juin 2006 15:47

Le 4 Octobre 1965, à Creil

Le 4 Octobre 1965, à Creil
Paris me pesait. Après être sorti de la prison d'Orléans, où j'ai fais un court séjour, après celui d'Evreux, mes parents m'ont proposé d'aller veiller sur leur auberge, dans un coin paumé, au fin fond de l'Oise, et j'ai accepté. Ma petite famille, et mes fidèles lieutenants, m'ont suivis ici. Puis, j'ai rencontré des jeunes caïds du coin, et d'autres vieux briscards qui sont toujours de bons services, qui ont toujours de bons tuyaux. Même loin des grandes villes, la France a son lot de petits magouilleurs, de dealers de hasch et de maquereaux à la petite semaine. J'ai rencontré une femme, elle possède un charme fou, c'est un feu qui brûle. J'ai l'impression même de l'attiser, elle s'appelle Jeanne. C'était une fille de joie, parait-îl. La rumeur est pesante dans mon milieu, alors j'ai descendu ses deux proxénètes. Maintenant, Jeanne ne fait plus que ma joie. Seulement, j'aime encore ma femme, la mère de mes enfants. Eh oui,
un mois avant mon 28e anniversaire, j'ai eu droit à un nouveau cadeau de ma reine Maria. Un petit garçon, le premier petit Mesrine, Bruno. Il est né à Paris. Sabrina a maintenant de la compagnie, mais, comment s'occuper d'un petit bambin quand on trépigne d'impatience d'aller, encore, casser une banque ou cambrioler un riche propriétaire, pour vivre confortablement, et dangereusement. Enfant, je demandais autre chose que le confort, mais, mes enfants ne voulaient sûrement pas de ce danger, alors je les ai protégé. J'ai aussi protégé Maria. On n'était tous heureux ici, dans l'Oise. Mais j'ai encore envie de changer d'air, et, je me l'étais promis, je ne suis que mon instinct. Un ami m'a proposé d'aller le rejoindre sur les îles Canaries, au soleil. Ce voyage me tente tellement, que je ne peux refuser. J'emmène ma femme, et mon nouvel amour. J'emmène aussi mes souvenirs, et je reviendrais souvent. Je ne m'éloigne jamais trop loin de Paris.
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# Posté le mercredi 28 juin 2006 15:50

Le 21 Octobre 1966, à Santa Cruz de Tenerife

Le 21 Octobre 1966, à Santa Cruz de Tenerife
Mon voyage sur les îles Canaries, ce n'est pas des vacances. Quand Maria, et Jeanne, profitent du cadre de vie, je travaille, avec des amis voyous, et des organisations politiques. Je me suis fait arrêter par la guardia civil alors que j'effectuais une petite visite impromptue chez Monsieur le Gouverneur de Palma de Majorque, quelques semaines après mon arrivée ici. Les débuts ont donc été difficiles, et je n'ai repris pieds qu'à partir du mois d'avril. Mon petit poisson pèse presque 4 kilos, et c'est un petit garçon. Je suis maintenant père de trois enfants, mais mon amour pour Maria s'éteint, souffle après souffle, et ma passion avec Mademoiselle Jeanne Schneider, me pose la question de la convertir en Madame Mesrine, en lieu et place de Maria. Mais, elle, c'est la mère de mes trois enfants. C'est à contrec½ur que j'ai envoyé, comme une vulgaire lettre, mes petits bébés, ma fille et mes deux fils, chez mes parents. Cela fait presque deux semaines qu'ils sont partis rejoindre mes paternels dans un climat plus apte à leur apporter un bonheur sain et stable, mais la paternité me manque déjà. Seul l'ouverture de mon restaurant m'occupe l'esprit d'une autre manière. C'est ici, à Santa Cruz de Tenerife (ça résonne plutôt bien), que j'ai décidé d'installer ma machine à fric, un restaurant chic. Il va ouvrir ce soir et je suis très anxieux, mais, depuis mon retour d'Algérie, je n'ai rien raté, même la prison m'a servi, je le dis postérieurement. Alors ce restaurant va marcher, mais, les coups avec mes copains me manquent, et j'espère que ce temps reviendra, je veux revivre le risque, et l'ivresse du travail bien fait. Bientôt peut être.
# Posté le mercredi 28 juin 2006 15:56
Modifié le jeudi 29 juin 2006 12:42

Le 19 Décembre 1966, à Genève

Le 19 Décembre 1966, à Genève
Je continue mon tour des pays et des paysages, mon tour de piste. Cette fois, je suis en Suisse, à Genève. La capital du pouvoir international. Mais je viens chercher aussi une autre sorte de pouvoir : le luxe. Chopard, Rolex et Breguet. On est venu tout rafler, on a déjà remarqué une bijouterie en centre-ville. L'opération se fera sûrement la semaine prochaine, avec mes camarades, on se prépare tranquillement. On profite de l'ambiance. Ce coup doit marcher, car à la fin du mois, c'est Noël, et je veux faire de beaux cadeaux à ma famille. J'ai garder de mon enfance le besoin d'affection plus présent que tout les présents dont je disposais. Aujourd'hui, je suis servi, je suis heureux comme un diable avec ma Jeanne. Je sais désormais qu'elle pourrait mourir pour moi, avec un dévouement comparable à celui de la pucelle d'Orléans. En effet, vivre avec un voyou est dangereux, elle est sans cesse menacée. Je ne l'expose pas trop, elle est restée aux îles Canaries mais je projette de retourner en France, pour m'installer plus près de ma famille, et de mes trois enfants que je n'ai pas revus depuis quelques mois déjà. Cette vie connaît cette dose de sacrifice. Cet après-midi, avec mes camarades, on a discuté lors de notre partie de couinche. On parlait du dernier film de Jean-Pierre Melville. Il s'appelle Le Deuxième Souffle, et nous l'avons vu avant de venir à Genève. Il est époustouflant, pour eux, le crime est un véritable jeu. Lino Ventura qui s'évade de sa prison, à Castres, avouez que c'est jubilatoire pour un voyou. Les tourtereaux apprécient les films d'amours, nous, on s'attachent aux films de ce style particulier, et Lino Ventura, je l'aime beaucoup. Il aurait du être gangster ce cher Lino. Si il pense à sa reconversion, je l'engage sur le champ dans mon équipe. Il aurait pu venir avec nous braquer cette bijouterie suisse, ramasser le butin et s'échapper encore et encore vers de nouvelles aventures. En plus, il gagnerait plus d'argent l'ami Lino Ventura.
# Posté le jeudi 29 juin 2006 12:40
Modifié le vendredi 22 juin 2007 05:56