Je suis né à la veille de la Grande Guerre et quelques jours après Noël, le jour de la fête des Saints Innocents. J'étais innocent alors, comme tout les nourrissons, mais j'ai toujours aimer la ville, depuis mon enfance, les quartiers de Paris, près de chez moi, à Clichy. La nuit a son charme, et son vice, comme toutes les belles femmes. Mes parents avaient de l'argent mais le cash n'apporte pas l'amour auquel un enfant aspire. Ils travaillaient toute la journée, et ne s'occupait pas beaucoup de moi le soir. Ils vendaient tout le tissu de Clichy, les rois du tissu. Ce métier m'amusait beaucoup, je me moquais. Les parents des autres petits enfants, mes camarades à l'école des frères oratoriens, exerçaient des métiers davantage scientifique. Mes parents étaient commerciaux, mais leur salaire était conséquent, donc je ne me plaignais pas. Je n'ai jamais été un bon élève, j'avais un poil dans la main, même un arbre de poils. Mais mes professeurs m'appréciaient pourtant, en tout cas au début de ma scolarité. Ils disaient à mes parents que je n'exploitais pas assez mes capacités, apparemment, je n'en étais pas dépourvu. Ils me voyaient bien grand commercial, beau parleur dans l'âme, les mains bavardes et les cheveux gominés. C'est pour cela que, lorsque le lycée de Clichy m'a mis à la porte, mes parents m'ont mis dans leur secteur : je suis devenu VRP de luxe, représentant de tissu, ou plutôt représentant en carton. Cela n'à durer que quelques temps. Maintenant, je ne suis qu'un soldat, je reviens d'une guerre atroce. Personne ne peut s'imaginer les images qu'ont gardent, nous autres soldats de la nation ou petit jouet de la violence diplomatique, comme des cicatrices sur le visage. Regardez au fond de mon regard, vous verrez ces hommes que j'ai abattus, et tout ce que j'ai vu. Je n'ai jamais maltraité personne, j'ai fais ce que mon instinct et mon uniforme me dictait. Depuis que je suis revenu en France, j'ai pris une décision : je ne me ferais plus jamais dicter mes actes. Je n'aurais plus aucun uniforme sinon celui du courage. J'ai cru, naïvement, qu'a mon retour la France serait reconnaissante, mais, ça n'a pas été le cas, je suis revenu en France comme n'importe quel citoyen qui revient de voyage, pour eux la guerre est peut être une vacance, eux qui se prélassent dans leur luxe acquis dès leur premier jour. Même ma femme ne m'était pas reconnaissante d'avoir « défendu » mon pays. Dès mon retour, nous avons divorcé. Je m'étais marié avec elle quelque mois avant de partir en Algérie, j'avais 19 ans et j'étais encore un peu coureur. Puis, mon destin de guérir m'a appeler vers d'autres horizons, la distance n'a pas arrangé nos différents et dès mon retour, j'étais seul. Ce n'est pas plus mal, je crois pouvoir dire, sans prétention aucune, que j'attire les femmes. Sûrement car je les aime. Je les aiment et elles m'écoeurent. Un seul homme a montré sa reconnaissance, au nom de la patrie, c'est le général De Gaulle. Alger l'avait acclamé, il m'avait calmé, avec la Croix de la Valeur Militaire. Ce n'était que symbolique, en effet, quand je suis rentré, je n'avais pas d'argent. Mes parents avaient de l'argent, je le répète, mais je ne me suis jamais gavé, j'aime l'argent mais j'aime surtout lui courir après, le séduire, comme on attire une femme. L'argent est la demoiselle la plus infidèle et la plus volatile que je ne connaisse, et c'est ce qui m'attire chez elle. Tout le monde la désire, tout le monde peut l'avoir, alors pourquoi pas moi ? Pour cela, il faut élaborer des stratagèmes, il faut tenir face à ses adversaires, et vaincre grâce à sa volonté et à ses qualités, son talent, on ne doit rien devoir à personne. Comment gagner de l'argent ? J'ai 23 ans et je reviens d'Algérie, j'ai tué et j'ai vu des amis être achevés, je suis divorcé... J'ai déjà vu plusieurs vies, et j'ai rencontré des personnes, que dire, des personnages, qui connaissent certains raccourcis vers la vie de luxe, et surtout, la conquête de l'argent, ce pouvoir si jubilatoire. Pour gagner ma vie, je fréquente les cercles de jeux de Paris. Je retourne à Clichy faire quelques casses et voir d'anciens amis pour profiter de leurs raccourcis. Et puis, j'ai des amis, des amis chers, qui m'apprennent l'art du braquage, j'espère être au point un jour, j'aime cette vie. Je me fais parfois plusieurs millions lors d'un casse, et je vis quelques semaines dessus. Je me suis acheté ma première BMW et j'ai rencontré une belle nymphe, Maria. J'ai laissé pousser la moustache, comme ça, je passe incognito. Je la rase après chaque braquage, et, lorsqu'elle repousse jusqu'à un certain point (toujours le même), je retourne au charbon. La vie est belle, et je me prépare à un heureux évènement. Mes blessures de guerre ont donc cicatrisés, pour l'instant.
